Archive pour décembre, 2007

Vivisection de l’argument du gros bon sens

Sens unique à droite : zone de chiens sourds et lentsPour mon premier billet officiel dans la blogosphère sous le nom du Détracteur Constructif, je m’attaque à un gros morceau. « Gros » dans le sens qu’on le retrouve partout, et non pas qu’il soit difficile à attaquer.

Il y a plusieurs mois que mes oreilles vibrent avec violence chaque fois que j’entends une voix grasse et désarticulée prononcer les mots « C’est le gros bon sens ». Cette plaie est partout, dans les bureaux, dans les restaurants, mais plus spécialement dans les lignes ouvertes radiodiffusées et dans les sections des journaux réservées aux opinions des lecteurs.

Honnêtement, je ne sais trop par où commencer. Je vais donc y aller point par point en commençant par le plus évident :

Le « gros bon sens » est l’argument par excellence de ceux qui n’ont pas d’argument défendable.

Vous n’arrivez pas à penser à un argument? Vous ne pouvez appuyez votre opinion par un fait concret ou solide? Qu’à cela ne tienne, dites simplement qu’il s’agit du « gros bon sens ». J’ai toujours soutenu, avec un certain humour, qu’il existait des phrases magiques permettant de laisser un interlocuteur complètement béat instantanément. Par exemple, c’est toujours très drôle de répondre à quelqu’un se plaignant du prix des cigarettes la phrase « Est-ce que j’en achète, des cigarettes, moi? Non? Ben c’est ça! ». Vous avouerez que la teneur en argument de cette réplique est plutôt faible. Il en va de même pour le sujet qui nous intéresse aujourd’hui.

Exploiter l’argument du « gros bon sens » ne pourra avoir de poids tant qu’il sera utilisé tel quel, sans compléments. Peu importe le contexte, si le protagoniste ne peut expliquer POURQUOI son point est l’incarnation du gros bon sens, on peut considérer qu’il crie haut et fort qu’il n’a aucun argument digne de ce nom. Car s’il avait pu soutenir son affirmation par des arguments (solides ou mêmes fragiles)… hé bien il en aurait, au moins, des arguments!

Bref, personnellement, je considère « le gros bon sens » comme l’équivalent d’une étiquette [ insérez un argument ici ] qu’on aurait omis de remplir…

« Mon opinion c’est le gros bon sens, car pratiquement tout le monde est du même avis que moi. »

Voilà toujours un argument, bravo. Je dois même admettre que plusieurs s’y laisseront prendre. Seulement, quelques petites comparaisons enfantines suffiront à le réduire en poussière… mais d’abord, développons un peu.

Premièrement, il faut savoir que les québécois sont friands de statistiques et de sondages, c’est bien connu. Ils n’est d’ailleurs pas rare de voir une tendance générale virer cap pour cap en quelques semaines après la publication de multiples sondages sur un débat donné (rappelez-vous les élections provinciales de mars 2007…). Pour une multitude de sujets, la majorité de la population peut très rapidement passer d’un extrême à l’autre. Le cas échéant, est-ce que dire « Une majorité de gens pensent la même chose que moi » est un argument de poids? Il est fort probable que les gens pensaient différemment quelques mois avant, et penseront également différemment dans un avenir proche.

Une personne obstinée pourrait alors rétorquer que dans ce cas-ci, la majorité pense la même chose que lui depuis toujours. Bien que l’opinion d’une majorité de gens puisse paraitre un argument inébranlable, il est TRÈS important de ne pas omettre de faire la distinction entre le nombre et le principe débattu. J’entends par là qu’une majorité, même si elle est reconnue démocratiquement et par tous et chacun, ne garantie ni le monopole de la vérité, ni l’assurance que le point défendu est souhaitable.

Prenons en exemple quelques événements d’actualité.

Ce premier cas est si flagrant qu’il me donne raison non seulement sur mon dernier point, mais également sur le précédent. En avril 2003, un sondage effectué par ABC-Washington Post affirme qu’à la question « En tout et partout, en considérant la comparaison entre les coûts et les bénéfices qu’assument les États-Unis, croyez-vous que la guerre en Irak vaille la peine d’être menée? », 70% des sondés (tous américains) ont répondu par l’affirmative.

Sachant cela, est-ce qu’on peut automatiquement dire que les Américains avaient raison d’initier cette guerre? Était-ce le « gros bon sens »? Pourtant, une grande majorité semblaient croire que oui. Et, comble de malheur, le pourcentage tombait sous la barre des 50% à peine quelques mois plus tard.

À partir d’ici, il est facile de lancer d’autres cas au hasard… Par exemple, si une majorité croît qu’on devrait privatiser le système de santé au Québec, ça n’assure pas du tout qu’il s’agisse là d’une solution souhaitable, réfléchie ou même recommandable.

Le « gros bon sens », pointe de l’iceberg de la démagogie.

De toutes les définitions du mot démagogie, celle qui me plait le plus est la suivante : « Abus de la démocratie qui consiste à flatter les passions populaires. »

Comme tant de gens sont des adeptes avoués du « gros bon sens », il n’est pas surprenant de voir quelques profiteurs se l’accaparer afin de manipuler les foules. Quoi de plus rassurant et motivant que de voir qu’une personne déterminée parle haut et fort en notre nom. Depuis un bon moment déjà, la Ligue des Enthousiastes du Gros Bon Sens (© Moi) a infiltré les médias écrits, radiodiffusés, télévisés et même les partis politiques. Plusieurs porte-paroles se sont toujours fait un plaisir de militer pour cette cause. Quelques noms nous viennent immédiatement en tête, comme Mario Dumont dans la sphère politique, ou encore Stéphane Gendron et Jeff Fillion dans les médias.

D’ailleurs un observateur attentif pourra facilement observer le caractère multitâche du « gros bon sens », alors que certains, non contents de s’en servir comme argument, l’utilisent aussi comme catalyseur de critique puérile ou de complainte populiste.

Pour en finir avec le « gros bon sens ».

En conclusion, je dirais qu’il est tout à fait possible de qualifier de « gros bon sens » une idée dont personne n’a pu réfuter les arguments, ou prouver que le contraire était préférable. Mais dans ce cas, au lieu de dire « Parce que c’est le gros bon sens », il convient beaucoup mieux d’énumérer et expliquer nos arguments indétrônables. Non seulement notre vis-à-vis ne pourra-t-il pas les contrer, mais il devra admettre que le « gros bon sens », ce n’est pas l’affirmation d’un point ou d’une opinion.

Ce sont les arguments irréfutables qui font le bon sens, et non le contraire…

Le typique « Mon premier billet »

Bonjour à tous!

À l’aube de 2008, j’ai l’honneur de vous présenter mon blogue, « Le Détracteur Constructif ». Il y a déjà un moment que je songeait sérieusement à me lancer à pieds joints dans la blogosphère. Mes temps libres étant maintenant moins espacés et plus nombreux, je puis maintenant m’adonner à l’étalage ponctuel de mes réflexions.

Puisque la nouvelle année arrive, je prend comme résolution de faire tout mon possible pour ne pas publier de futilités, de ne pas effacer les commentaires de critiques (mais bien de défendre mon point), d’assumer l’entièreté de mes propos et de respecter les opinions d’autrui. Je m’engage également à m’exprimer dans un français respectable.

L’année 2007 fut trop bien remplie de sujets d’actualité (on peut déjà imaginer que R.B.O. vont se régaler pour la revue de l’année), et on peut imaginer que les temps à venir regorgeront également d’évènements aberrants et/ou rassurants. Je vais tenter, par ce médium, d’être un observateur rationnel et réfléchi afin d’offrir le mieux possible ma vision des choses.

Vous pouvez également vous attendre à voir passer quelques images ou vidéos qui détendront l’atmosphère. Il faut bien rire un peu :)

Je vous invite à m’écrire vos commentaires, ils seront les bienvenus et je m’engage à y répondre dans un délai acceptable.

Bonne fin d’année 2007, et amusez-vous bien!

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