Archive pour juin, 2008

Les frissons les plus forts que j’ai eus depuis longtemps

Il y a quelques semaines, au rassemblement du Mouvement Montréal Français, Emmanuel Bilodeau nous a récité un texte d’une chanson de Loco Locass qui n’était pas encore terminé. Ce texte était de toute beauté et je me souviens que ça m’avait vraiment fait vibrer.

J’ai découvert aujourd’hui que la chanson était terminée, et qu’ils l’avaient chantée pour la Saint-Jean Baptiste. C’est un poème qui se transforme en chanson.

En l’écoutant, j’ai eu des frissons vraiment intenses. La fibre indépendantiste est toujours très vivante.

Les paroles suivent le vidéo:

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Les géants

Nous sommes issus d’un sol immense
Qui nous a tissé, métissé
Rebuts de brins de laine tressés très serrés
Sans couture au sein d’une ceinture fléchée
Comme quelque queue clinquante de comète effilochée

Et si l’on suit le fil de notre texte
Il mène à la sortie du labyrinthe de pan
Qui nous éreinte depuis qu’ils ont mis nos torts dedans
Ils ont conquis notre territoire
Pillé notre histoire et volé notre mémoire

Avec leurs thèses de fous ils ont dit “taisez-vous”
Vous ne valez pas dix sous, vous n’êtes pas vous
Vous êtes nous, vous êtes dissous
Notre substrat vous subsume
Mais la comparaison vous consume

Faux! Nous venons d’avant
Nous sommes antérieurs, nous sommes des créateurs
Pas des créatures, pas des caricatures

Notre maison n’a pas de cloison mais quatre saisons
Acclimatés au climat et faisant fi du frimas
Nous avons parcouru par ses artères tout un continent titan
Notre espèce aspire à l’espace et son empreinte est partout

Tapie dans la toponymie, gravée dans le granit
Égrainée sur la grêve, arcboutée dans les arches
De nos dingues digues dignes de la muraille de Chine

Dans les champs essouchés sous la lune
Et les racines d’un hêtre qui ne peut plus plier
C’est une histoire riche qui n’est sur aucune affiche
Et qu’on a laissée en friche
Dans nos caboches, ce n’est que roches et fardoches

Cosmogonie à l’agonie
Dans le tome fantôme du grimoire d’une mémoire moisie
Sur nos épaules on porte pourtant le pack-sac d’un passé épatant
Mais allons-nous mourir en nains quand nous sommes nés géants?

Sitôt venus au Nouveau Monde
On a dompté les hivers et fabriqué de la terre
On avait la tête à la fête et le coeur au labeur
Opiniâtres, on n’a jamais laissé mourir le feu dans l’âtre

Car nous avons la tête à Papineau
La longue langue agile de Da Costa
Le cœur-corsaire de d’Iberville
Qui envoie en nos veines
Le pur-sang mêlé-mêlé de Riel et des Premières Nations

Nous avons l’aviron de Radisson, la vigueur de la Vérendrye
Les jarrets de Jolliet et tous les talents de l’intendant Talon
En somme, nous sommes des surhommes uniques
Générés par le génie génétique de l’Europe et de l’Amérique
Inéluctablement, nous voguons vers le néant
Mais allons-nous mourir en nains quand nous sommes nés géants?

Opaque, il faut qu’enfin notre épopée éclate
C’est sans équivoque, cette Histoire est pleine et craque
Loco Locass la provoque de son verbe épique: les eaux sont crevées
Et tombent en trombes et forment une flaque, que dis-je, une flaque

C’est comme un lac à nos pieds
Le col se dilate
Le sol s’écarquille
Pour laisser monter un corps en forme d’ogive

C’est le chaos qui «paaaaaasse» dans le chas d’une aiguille
C’est un cri qu’on pousse, un cœur qui pulse
Celui d’un peuple qu’on accueille ou qui frappe un écueil
Dans l’oeil du cyclone, chaque seconde en vaut quatre
Nous rapproche d’un miracle

C’est un spectacle sans entracte
Mais gare à l’arrêt cardiaque
Entre la mort et la vie
L’arrivée d’un homme comme lors d’un référendum

Un peuple oscille entre le rien et tout ce qui brille
Je pose des mots garrots gare au flot hémorragique
Ô ma rage gicle par tous les pores de mon cœur spongieux
Sur ce son long jeu conjure ma mortelle nature

Et nous disons que la parole est une sage-femme
Qui tire des limbes un monde à naître
Fort de cette maïeutique aux forceps
Le poète nomme enfin celui dont il voit poindre la tête:
QUÉBEC!

Les entreprises – Rester compétitif pour tous

Les contratsCombien de fois entendons-nous parler de fermetures d’usines, d’emplois coupés, de baisses de salaires, qui sont expliquées par l’employeur à travers la phrase miracle qui ressemble généralement à “Nous devons rester compétitif!“.

Bien sur, il faut rester compétitif vis-à-vis la concurrence, pour que nos clients n’aillent pas voir ailleurs. Soit. Mais il faut également l’être envers ses employés, pour qu’eux n’aillent pas voir ailleurs, chez la concurrence par exemple. Et c’est ce que plusieurs compagnies ne comprennent pas.

Quelqu’un qui n’est pas satisfait de ses conditions de travail va certainement, et avec raison, être intéressé par ce qu’il voit à l’extérieur. Quelqu’un qui n’est pas satisfait de son salaire a encore plus de raisons de vouloir aller voir ailleurs. Et dans certains domaines, la main d’oeuvre qualifiée et expérimentée se fait parfois rare, ce qui rend encore plus important le besoin de garder ses employés heureux et satisfaits.

L’entreprise où je travaille compte plus de 50 employés. L’employeur paie l’entièreté des assurances. Nous avons un REER collectif. Nous sommes bien payés. Aujourd’hui, j’ai eu droit à mon évaluation annuelle. Comme mes supérieurs directs et le directeur étaient somme toute très satisfaits de mon travail, j’ai eu une augmentation de salaire qui équivaut à presque le double de ce à quoi je m’attendais…

Moi qui m’était préparé avec mes statistiques d’inflation, prêt à défendre mon point comme quoi “une augmentation de moins de 2,5% constitue une baisse de salaire déguisée étant donné la baisse du pouvoir d’achat“, et j’avais appris par cœur tous les chiffres concernant mon salaire annuel et mon taux horaire, pour pouvoir faire des comparaisons mentales. Tout ça en vain. Car mon employeur me l’a dit : “Je suis satisfait, je veux te garder moi! Disons que c’est dans mon intérêt!“.

Je ne comprends pas pourquoi des employeurs s’entêtent à offrir des augmentations de salaire de 10 cents ou 15 cents de l’heure, et ce à reculons, après s’être fait tordre un bras. Est-ce que ça ne vaut pas le coup de monter le salaire de quelqu’un qui nous rapporte beaucoup? Est-ce que risquer d’avoir à remplacer quelqu’un et de former un nouvel employé en vaut vraiment la chandelle pour sauver 10 cents de l’heure?

Bref, je ne comprendrai jamais. Je comprends que certaines entreprises n’ont pas de sous, mais quand même.

Noisette me dira sans doute “Parce que c’est des boss d’entreprises, et les boss, comme les entreprises, sont là pour faire des profits“.

Je suis sans doute un peu naïf. Mais je suis néanmoins bien heureux d’avoir cet emploi là…

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