Archive pour juillet, 2008

La discrimination positive, c’est encore de la discrimination

Désolé, chers lecteurs, si je vous ai négligés ces derniers temps. Nous avons beaucoup de boulot au bureau, et mes pauses qui servaient normalement à composer mes textes servent vraiment à me reposer.

Je vais aujourd’hui vous entretenir d’un sujet à propos duquel j’ai forgé mon opinion il y a un bon moment, mais qui a récemment refait surface alors que je discutais en ligne avec ce cher Alex, alias Le Satellite Voyageur. En fait, je lui expliquais qu’à l’endroit où je travaille, il y a un employé gai qui a probablement pu profiter de cet avantage pour accéder à un poste très particulier dans un projet où nous avons justement à tisser des liens avec la communauté homosexuelle.

Je me suis donc demandé s’il avait accédé à ce poste avec le temps, ou s’il avait directement appliqué pour ce poste qui, quand même, lui va comme un gant. Car je n’imagine pas une annonce d’entreprise disant “Entreprise cherche gai pour tel poste“, pas plus que je n’imagine un CV avec la mention “Autres informations pertinentes : Je suis homosexuel“. Mais je me dis que, comme il n’y a qu’une femme pour comprendre une femme (et on pourrait en énumérer d’autres), personne n’est mieux placé qu’un gai pour comprendre ce qu’aiment les gais… Ce poste est tout à fait pertinent pour lui, et je suis convaincu qu’il ne s’agit pas là de discrimination positive.

Mais parlons-en, de discrimination positive. J’ai réfléchi ce matin, en roulant jusqu’au boulot. J’ai la légère impression que profit ne va pas avec discrimination positive. Je travaille pour une entreprise dont le but est entièrement lucratif. Ils engagent les meilleurs, afin de rester les meilleurs. Je travaille avec un programmeur d’origine haïtienne, un autre d’origine maghrébine, et troisième d’origine roumaine. Et je sais que s’ils sont mes collègues de travail, c’est parce qu’ils étaient les plus compétents pour combler le poste. Et ils le sont, croyez-en mon expérience.

Cependant, pour avoir déjà travaillé pour un Ministère québécois lors d’un emploi d’été, j’ai bien évidemment remarqué qu’il y avait là de la discrimination positive. Or, il ne s’agit pas ici d’une entreprise à but lucratif, mais bien d’un service public. Le but n’étant pas de faire de l’argent, on sacrifie des “meilleurs” pour engager des “discriminés”. Je crois que c’est un peu de notoriété publique, mais je n’ai pas fait de recherches très poussées à ce sujet, je dois l’admettre. Ce ne sont ici que mes observations personnelles.

D’ailleurs, Jean Charest a lui même fait preuve d’un évident coup de discrimination positive lorsqu’il a monté son cabinet, donnant 50% des ministères à des femmes.

Comprenez-moi bien. Je n’ai rien contre le fait que des femmes soient ministres, je trouve même cela très bien. Mais qu’elles le soient parce qu’elles sont les meilleures pour le poste, et non pour attirer la sympathie de l’électorat féminin. D’ailleurs, Charest n’a pas réussi à berner Janette Bertrand, grande dame très respectable qui a toute mon admiration. Elle a dit, devant les micros “Monsieur Charest, dites à tout le monde quelles sont les vraies raisons qui vous ont poussé à faire cela”. Ce ne peut être que le capital politique.

Si je m’attarde un peu à l’autre côté de la médaille, je dois en convenir que certains profitent véritablement de la discrimination positive. Par exemple, un québécois d’une origine étrangère peut certainement avoir un poste prestigieux ici, alors que chez lui il serait condamné à la misère. Tout cela parce qu’il est écrit dans quelque nuage qu’on doit engager un certain pourcentage d’immigrants dans la fonction publique. Ce n’est pas mal en soi, si la personne s’en accommode et n’a pas trop d’orgueil…

Mais autrement, il y a certainement des gens qui sont “visés” par la discrimination positive et qui tentent de comprendre le message véhiculé par un tel moyen. Que peut donc comprendre quelqu’un qu’on engage parce qu’il est immigrant, gai, ou autre? Je me permets de vous énumérer les messages qui, je crois, sont diffusés par la discrimination positive :

  • Tu n’étais pas notre premier choix
  • Nous t’avons choisi, mais ce n’est même pas parce que tu es le meilleur
  • Tes compétences sont moins importantes que ce qu’on peut voir à l’oeil nu
  • Nous n’avions pas vraiment besoin de toi, mais c’est bon pour notre image
  • La couleur de ta peau ou ton orientation sexuelle ou ton sexe a été un critère déterminant lors de ton embauche
  • Nous aurions pu prendre le meilleur, mais nous économisons en t’embauchant
  • Nous ne réussissons pas à naturellement faire preuve d’ouverture, ton rôle est donc la preuve de notre ouverture

Je soutiens donc qu’en 2008, il n’y a plus de doute que les néo-québécois d’origines africaine, maghrébine ou asiatique, ainsi que les homosexuels, les femmes et les handicapés physiques ont tous le même potentiel d’intelligence, de détermination et de volonté. S’ils sont au Québec, ils ont tous accès à l’éducation (pour le moment…), et ont chacun la chance de devenir les meilleurs dans un métier qui les passionnent.

Ils peuvent tous devenir des sommités s’ils en ont le courage, et au moins convaincre par leurs efforts qu’ils sont le meilleur choix possible pour un employeur. Dans le milieu de travail, si l’on doit être en compétition contre les autres (ce qui est normalement sain…), que ce soit en affrontant les compétences et les connaissances des nos concurrents, et non la couleur de leur peau ou leur orientation sexuelle.

L’égalité et l’équité, c’est aussi de pouvoir compétitionner et avancer dans la vie avec les mêmes critères. Il s’agit de s’assurer, en tant que société, de continuer dans cette direction, et de cesser de regarder en arrière.

L’ultime lettre de refus

Ça s’annonce pour être une semaine difficile, et je n’ai pas beaucoup dormi. Je vais donc commencer avec quelque chose de léger.

Il s’agit d’une réponse que quelqu’un aurait écrite en réaction à une lettre de refus pour un poste d’assistant professeur. Moi je trouve ça très drôle. En voici la traduction.

Herbert A. Millington
Direction du comité de recherche
412A Clarkson Hall, Whitson University
College Hill, MA  34109

Cher professeur Millington

Merci pour votre lettre du 16 mars dernier.  Après avoir bien réfléchi, j’ai le regret de vous informer que je ne puis accepter votre refus de m’offrir une position en tant qu’assistant professeur dans votre département.

Cette année, j’ai été particulièrement chanceux en recevant un nombre inhabituel de lettres de refus. Avec un choix aussi varié et prometteur, il m’est évidemment impossible d’accepter tous les refus.

Malgré vos qualifications exceptionnelles et votre grande expérience dans le domaine du refus des candidats, votre refus ne rejoint pas mes besoins pour le moment. Par conséquent, je vais donc assumer la position d’assistant professeur dans votre département dès le mois d’août. Il me tarde de vous rencontrer.

Je vous souhaite la meilleure des chances dans le refus de vos futurs candidats.

Bien à vous,

Chris L. Jensen

Ça mérite un A+ pour l’originalité :)

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