juil 31 2008
La discrimination positive, c’est encore de la discrimination
Désolé, chers lecteurs, si je vous ai négligés ces derniers temps. Nous avons beaucoup de boulot au bureau, et mes pauses qui servaient normalement à composer mes textes servent vraiment à me reposer.
Je vais aujourd’hui vous entretenir d’un sujet à propos duquel j’ai forgé mon opinion il y a un bon moment, mais qui a récemment refait surface alors que je discutais en ligne avec ce cher Alex, alias Le Satellite Voyageur. En fait, je lui expliquais qu’à l’endroit où je travaille, il y a un employé gay qui a probablement pu profiter de cet avantage pour accéder à un poste très particulier dans un projet où nous avons justement à tisser des liens avec la communauté homosexuelle.
Je me suis donc demandé s’il avait accédé à ce poste avec le temps, ou s’il avait directement appliqué pour ce poste qui, quand même, lui va comme un gant. Car je n’imagine pas une annonce d’entreprise disant “Entreprise cherche gay pour tel poste“, pas plus que je n’imagine un CV avec la mention “Autres informations pertinentes : Je suis homosexuel“. Mais je me dis que, comme il n’y a qu’une femme pour comprendre une femme (et on pourrait en énumérer d’autres), personne n’est mieux placé qu’un gay pour comprendre ce qu’aiment les gays… Ce poste est tout à fait pertinent pour lui, et je suis convaincu qu’il ne s’agit pas là de discrimination positive.
Mais parlons-en, de discrimination positive. J’ai réfléchi ce matin, en roulant jusqu’au boulot. J’ai la légère impression que profit ne va pas avec discrimination positive. Je travaille pour une entreprise dont le but est entièrement lucratif. Ils engagent les meilleurs, afin de rester les meilleurs. Je travaille avec un programmeur d’origine haïtienne, un autre d’origine maghrébine, et troisième d’origine roumaine. Et je sais que s’ils sont mes collègues de travail, c’est parce qu’ils étaient les plus compétents pour combler le poste. Et ils le sont, croyez-en mon expérience.
Cependant, pour avoir déjà travaillé pour un Ministère québécois lors d’un emploi d’été, j’ai bien évidemment remarqué qu’il y avait là de la discrimination positive. Or, il ne s’agit pas ici d’une entreprise à but lucratif, mais bien d’un service public. Le but n’étant pas de faire de l’argent, on sacrifie des “meilleurs” pour engager des “discriminés”. Je crois que c’est un peu de notoriété publique, mais je n’ai pas fait de recherches très poussées à ce sujet, je dois l’admettre. Ce ne sont ici que mes observations personnelles.
D’ailleurs, Jean Charest a lui même fait preuve d’un évident coup de discrimination positive lorsqu’il a monté son cabinet, donnant 50% des ministères à des femmes.
Comprenez-moi bien. Je n’ai rien contre le fait que des femmes soient ministres, je trouve même cela très bien. Mais qu’elles le soient parce qu’elles sont les meilleures pour le poste, et non pour attirer la sympathie de l’électorat féminin. D’ailleurs, Charest n’a pas réussi à berner Janette Bertrand, grande dame très respectable qui a toute mon admiration. Elle a dit, devant les micros “Monsieur Charest, dites à tout le monde quelles sont les vraies raisons qui vous ont poussé à faire cela”. Ce ne peut être que le capital politique.
Si je m’attarde un peu à l’autre côté de la médaille, je dois en convenir que certains profitent véritablement de la discrimination positive. Par exemple, un québécois d’une origine étrangère peut certainement avoir un poste prestigieux ici, alors que chez lui il serait condamné à la misère. Tout cela parce qu’il est écrit dans quelque nuage qu’on doit engager un certain pourcentage d’immigrants dans la fonction publique. Ce n’est pas mal en soi, si la personne s’en accommode et n’a pas trop d’orgueil…
Mais autrement, il y a certainement des gens qui sont “visés” par la discrimination positive et qui tentent de comprendre le message véhiculé par un tel moyen. Que peut donc comprendre quelqu’un qu’on engage parce qu’il est immigrant, gay, ou autre? Je me permets de vous énumérer les messages qui, je crois, sont diffusés par la discrimination positive :
- Tu n’étais pas notre premier choix
- Nous t’avons choisi, mais ce n’est même pas parce que tu es le meilleur
- Tes compétences sont moins importantes que ce qu’on peut voir à l’oeil nu
- Nous n’avions pas vraiment besoin de toi, mais c’est bon pour notre image
- La couleur de ta peau ou ton orientation sexuelle ou ton sexe a été un critère déterminant lors de ton embauche
- Nous aurions pu prendre le meilleur, mais nous économisons en t’embauchant
- Nous ne réussissons pas à naturellement faire preuve d’ouverture, ton rôle est donc la preuve de notre ouverture
Je soutiens donc qu’en 2008, il n’y a plus de doute que les néo-québécois d’origines africaine, maghrébine ou asiatique, ainsi que les homosexuels, les femmes et les handicapés physiques ont tous le même potentiel d’intelligence, de détermination et de volonté. S’ils sont au Québec, ils ont tous accès à l’éducation (pour le moment…), et ont chacun la chance de devenir les meilleurs dans un métier qui les passionnent.
Ils peuvent tous devenir des sommités s’ils en ont le courage, et au moins convaincre par leurs efforts qu’ils sont le meilleur choix possible pour un employeur. Dans le milieu de travail, si l’on doit être en compétition contre les autres (ce qui est normalement sain…), que ce soit en affrontant les compétences et les connaissances des nos concurrents, et non la couleur de leur peau ou leur orientation sexuelle.
L’égalité et l’équité, c’est aussi de pouvoir compétitionner et avancer dans la vie avec les mêmes critères. Il s’agit de s’assurer, en tant que société, de continuer dans cette direction, et de cesser de regarder en arrière.
Un billet signé Le détracteur Constructif
21 commentaires








J’aimerais mettre un bémol à tous ces vœux pieux, étant moi-même un directeur de département de R&D à saveur multiculturelle. Même si je suis d’accord avec le fait que la compétence est la même lorsque je passe en entrevue un Chinois, un Sénégalais ou un Algérien et un « pur laine », il faut noter que les trois premiers candidats ont dû mettre à niveau, la plupart du temps à Concordia, la valeur de leur diplôme obtenu dans leur propre pays en arrivant ici (du moins dans le domaine de l’ingénierie). Il n’en reste pas moins que cette main d’œuvre importée reste encore très « cheap » par rapport à ceux qui sont formés ici ou ayant le même nombre d’année d’expérience. Étant souvent dans un état de désespoir pour se trouver un emploi qui se rattache à leur champs d’expertise, souvent bardé d’une maîtrise ou d’un doctorat, ils sont prêt à accepter un très bas salaire par rapport au marché normal (et je parle en connaissance de cause). Malgré cela, ils sont très performants. Bien-sûr, notre compagnie se cache derrière une grande ouverture, mais comme mon boss me dit souvent : « What’s in it for me ? ». La seule réponse est qu’à compétences égales, ça reste un excellent « cheap labor ». Voilà donc une facette de la discrimination positive… positive pour la compagnie. Et nous somme loin d’être l’exception. Lorsque l’on à pas le contrôle sur le budget alloué à la masse salariale, c’est malheureusement ce à quoi nous somme poussé à faire : profiter de la détresse des gens. Une chance qu’il y les lois du travail… ça pourrait être pire.
La discrimination positive m’a souvent laissé une sorte de sentiment partagé… Je n’avais pas encore pensé à l’aspect véhiculé sur la personne engagée, mais selon moi, justement, la question des compétences devrait être le seul critère d’embauche (ça et des capacités spéciales, comme la capacité de socialiser dans une équipe ou autre). Le seul problème est que l’on voit qu’il y a une discrimination négative envers certains groupes, qui malgré de nombreux efforts n’arrivent pas à se faire engager aussi facilement que la masse Québécoise.
Mais à mon avis, je ne crois pas que la meilleure façon de combattre la discrimination négative ne soit pas la discrimination positive. Sans quoi, on aura un secteur public et para-public rempli de personnes qui ont accédé à des postes pour leur couleur de peau ou leur sexe, contre un secteur privé compétitif où les gens ont gravi des échelons par compétence.
Si on regarde par exemple le ministère des transports qui cherche à s’engager des ingénieurs civils; du à la règle où le gouvernement doit favoriser l’embauche de femmes et à un surplus d’ingénieurs civils, combien d’hommes vont se faire engager au MTQ? Quelle est la proportion hommes/femmes dans un programme de génie civil au Québec (à vue d’oeil, ça doit tourner autour du 5 pour 1)? Je comprends que l’on veut faciliter l’accessibilité aux femmes, mais que l’on facilite l’accès aux gens compétents est aussi un autre critère qu’il ne faut jamais oublier. Surtout quand ça va dans la construction et l’entretien de ponts…
Le CV, les compétences et la qualité de l’entrevue devraient être les seuls critères d’embauche… en supposant que les employeurs ne sont ni misogynes ni racistes.
Ça résume pas mal le propos
@Noisette Sociale: je pense que le racisme et la mysogie n’ont rien à voir. La première chose que mon patron me répond lorsque je lui dit que je veux tel ou tel candidat (basé sur son CV et son entrevue) c’est: “J’ai tant à offrir pour son salaire. S’il c’est pas assez pour lui, on ne le prend pas.” Disons que l’on voit ça plus souvent dans les PME où il n’y a pas de convention collective ou de plan pour les employés, mais c’est un phénomène très répandu. En terminant, je dois dire que sur une dizaine d’employé dont leur origine est autre que le Québec, j’en ai seulement un qui n’était pas aussi compétent que son CV laissait parraître. Il a bien beau venir des iles Mouc-Mouc, s’il n’est pas bon, je ne le garde pas. Je me retrouve donc avec de très compétents employés, pour pas chère (jusqu’à ce qu’il réalisent qu’ils peuvent avoir plus ailleurs…). C’est presque de l’exploitation, mais il ne faut pas s’attendre à ce que les compagnies fassent leur part pour que ça change.
@Sir Seb: Merci pour les bons arguments… La discrimination positive n’est certes pas le seul problème qu’on peut retrouver dans une entreprise!
@Manx: Héhéhé c’était justement pour le MTQ que j’ai travaillé pendant cet été dont je parlais… Tout ça me rappelle une scène du film “American History X”, où le père (raciste) qui était pompier racontait que deux nouveaux avaient été engagés parce qu’ils étaient noirs, et non parce qu’ils étaient les meilleurs… et pourtant, il devait remettre chaque jour sa vie entre leurs mains!
Même si le personnage était raciste, je suis intimement convaincu que cette scène était un appel à comprendre que pour qui que ce soit, la discrimination positive n’est pas nécessairement avantageuse
@Noisette: Dans un monde parfait, ce serait ainsi!
Un commentaire du Détracteur Constructif
Excellent billet! Vous me faites plaisir!
Tout de même, les entreprises privées ont le droit de faire une telle discrimination mais il faut le dénoncer aussi!
@Anaecho-pragmatiste: Tout le plaisir est pour moi, je vous assure! Sinon, bien sur que les entreprises privées le font, du moment qu’ils sauvent de l’argent quoi…
Un commentaire du Détracteur Constructif
@Anarcho-Pragmatiste: Je suis d’accord pour dénoncer cette attitude mais je vais utiliser mon devoir de réserve, au cas où mon patron (qui est aussi propriétaire de PME) vienne lire ce qui se passe sur Détracteur Constructif
Je crois aussi que l’on ne devrait tenir compte que des compétences pour embaucher quelqu’un. Il est évident que certains domaines sont plus accessibles et prisés par les hommes et il en va de même pour les femmes. À chaque fois que l’on favorise un choix à cause de facteurs n’ayant rien à voir avec le contexte, ce sont tous les autres que l’on discrimine.
@Sir Seb: Belle franchise de ta part. Je suis très conscient des contraintes budgétaires de certaines entreprises et de la tendance marquée de l’être humain en général à profiter des gains faciles. Après tout, c’est évident que pour deux items identiques on favorise le moins cher et il en va de même pour la main d’oeuvre. Après tout, une personne possédant une entreprise peut bien faire ce qu’il veut avec et même si on pourrait débattre indéfiniment de la moralité de certains actes, la propriété privée reste la propriété privée.
Totalement d’accord avec toi ! C’est comme dans la police: priorité aux femmes et aux minorités visibles…
Euuhhh… N’est-ce pas de la discrimination envers l’homme blanc… ?
@Num: Pas juste ça! Pas certain que je voudrais remettre ma vie entre les mains d’une femme de 100lbs qui n’était pas nécessairement la meilleure pour le poste, moi!
Un commentaire du Détracteur Constructif
J’en profite pour faire un parallèle puisque les forces policières ont été mentionnées. J’ai un ami qui est gardien de prison et la plupart des agents sont des colosses intimidants. Le fait est qu’il y a aussi, justement, des femmes dans ce domaine et, généralement, elles n’obtiennent pas le respect des prisonniers et sont plus sujettes à être dominées (ne pas faire de connotation déplacée s’il vous plaît) et à réagir émotionnellement face à l’insulte et/ou la menace. Au même titre que les hommes aiment les chars et les filles aiment le rose, il faut accepter le fait que l’homme et la femme sont différents et certaines aptitudes sont plus naturelles à l’un ou à l’autre. En bref, lorsqu’il s’agit de faire régner l’ordre auprès de criminels, il faut en avoir les capacités, point final.
@DarK Rémi oF DooM: En effet, c’est un autre débat connexe. La fille aura beau faire du karaté, si son équipement de ceinturon pèse plus lourd qu’elle, contre 3 motards ou une gang de rue, elle ne pourra ni se défendre, ni défendre son coéquipier, à moins de tirer sur tout ce qui bouge…
Un commentaire du Détracteur Constructif
Tu oublies le merveilleux taser, là!
@ Dark Remi of Doom: Je partage aussi ton opinion concernant les forces de l’ordre, mon oncle travaille dans une prison et m’avait exposé le même problème. Pourtant, s’il y a une fille qui croit en l’égalité entre les hommes et les femmes, c’est bien moi! Mais il faut quand même tenir en compte les différences des deux sexes.
Pour ce qui est de la discrimination positive, je n’y avais jamais vraiment songé. Il est vrai que comme l’a dit Noisette, les compétences devraient être le seul critère pour l’embauche, mais dans le cas ou, a compétences égales, il y a un (par exemple) haîtien et un ”de souche” et qu’on parle d’un patron raciste (car oui, le racisme existe encore bel et bien de nos jours, j’en ai été témoin a mon grand étonnement, je sais pas dans quelle bulle je vivais dans ma tête, mais je croyais qu’en 2008 ce n’était plus comme ça, mais bon c’est une autre histoire, je m’éloigne du sujet…) et bien je serais pour la discrimination positive si cet employé haîtien a de la difficulté a se trouver un emploi et a nourrir sa famille… c’était le bémol que je voulais apporter.
Les amis,
Le meilleur outil pour une embauche a toujours été d’avoir une bonne plug à l’interne. Question de confiance avant tout. Un coordonnateur qui a pleine confiance en un bon ami est très pratique pour décrocher un emploi.
@ Sir Seb
Quel est le secteur d’activité de ta PME ?
L’Esprit
Désolée de spammer votre blogue comme ça, mais je voulais juste vous signaler que je l’ai ajouté à mon aggrégateur politique Opinions Canada. J’espère que ça vous convient.
@Suzanne: Je n’y vois pas trop d’inconvéniants, même si j’aurais préféré opinionsquébec
Un commentaire du Détracteur Constructif
[…] un moment donné, la discussion est revenue sur ce qu’on avait déjà discuté auparavant et dont il s’était inspiré pour faire un charmant billet. Non, c’est qu’on se disait que si c’était facile de faire de la discrimination […]
[…] un moment donné, la discussion est revenue sur ce qu’on avait déjà discuté auparavant et dont il s’était inspiré pour faire un charmant billet. Non, c’est qu’on se disait que si c’était facile de faire de la discrimination […]