Accent Québécois vs. Accent Parisien
La Presse a récemment publié un article à propos du livre D’où vient l’accent des Québécois ? Et celui des Parisiens ? écrit par phonéticien retraité de l’Université Laval Jean-Denis Gendron. Mes acolytes Renart L’éveillé et La Fêlée Frustrée ont également cru bon en faire mention dans des billets hier.
Le livre explique comment la langue parlée à Paris et au Canada Français, qui était la même au début de la colonisation, a évolué dans deux directions différentes. En fait, c’est surtout à partir de la Révolution que la langue parlé à Paris aurait prit un élan démesuré, laissant le français parlé au Canada dans l’oubli.
Du coup, le français parlé au Canada était devenu inadéquat. Après quelques décennies seulement, on le disait ingrat, inapproprié et campagnard, alors que c’était la même langue qui était parlée par les Parisiens quelques années avant.
Pour nous montrer combien la Révolution a eu un impact dans la manière dont notre français était perçu, l’article présentait un tableau plus ou moins lisible. Je prends donc sur moi d’en retranscrire ici le contenu. (Remarquez comment les mots étaient écrits, j’ai toujours adoré cela.)
Avant la Révolution
1651 – Simon Denys, membre du Conseil souverain
Les moeurs sont polies, la langue française y est parlée avec élégance.
1702 – Bacqueville de la Potherie, historien
On parle ici parfaitement bien, sans mauvais accent. Quoi qu’il y ait un mélange de presque toutes les Provinces de France, on ne sauroit distinguer le parler d’aucune dans les Canadiennes.
1736 – Pierre Joseph Thoulier d’Olivet, jésuite, grammairien
On peut envoyer un Opéra en Canada, et il sera chanté à Québec, note pour note, sur le même ton qu’à Paris; mais on ne sauroit envoyer une phrase de conversation à Montpellier ou Bordeaux, et faire qu’elle y soit prononcée, syllabe pour syllabe comme à la cour.
1749 – Pehr Kalm, naturaliste suédois
Tous, ici, tiennent pour assuré que les gens du commun parlent ordinairement au Canada un français plus pur qu’en n’importe quelle province de France et qu’ils peuvent même, à coup sûr, rivaliser avec Paris. Ce sont les Français nés à Paris, eux-mêmes, qui ont été obligés de le reconnaitre.
Après la Révolution
1810 – John Lambert, auteur et aquarelliste
Au lieu de prêt, ils disent parré — sans compter d’autres mots obsolètes qui m’échappent en ce moment. Une autre habitude corrompue très répandue chez eux est de prononcer la dernière lettre des mots (… peut-être avec raison) des 50 ans de contacts qu’ils ont eus avec les colons britanniques; si ce n’est pas le cas, alors ils n’ont jamais mérité leur réputation de parler un français pur.
1829 – Théodore Pavie, écrivain français
Ils parlent un vieux français peu élégant; leur prononciation épaisse dénuée d’accentuation [c'est-à-dire de variation tonale] ne ressemble pas mal à celle des Bas-Normands.
1831 – Alexis de Toqueville, écrivain et philosophe français
Les avocats que je vis là [...] manquent particulièrement de distinction, parlent français avec l’accent normand des classes moyennes.
1884 – A.-M. Elliot, linguiste américain
[Il y a dans le parler canadien] une monotonie tranquille qui frappe immédiatement le visiteur comme l’un de ses traits principaux. Il n’a pas le rythme, l’inépuisable variété et la cadence riche de la langue gauloise telle qu’elle est parlée dans la France d’aujourd’hui.
L’histoire étant ce qu’elle est, pleine de variations et d’adaptation, je ne pense pas que l’on doive s’offusquer de tout cela. Mais je reste convaincu que notre français d’alors était bien supérieur à celui de maintenant. Pas que je sois nostalgique, mais j’ai encore du mal à comprendre que nous soyons le seul peuple francophone à devoir encore sous-titrer ses films au cinéma pour le reste de la francophonie…
Je vais sans aucun doute me procurer ce bouquin. Pour ceux d’entre vous qui seraient également intéressés, vous pouvez vous le procurer entre autres chez Archambault et sur le site des Presses de l’Université Laval. Je ne l’ai pas trouvé ailleurs, du moins après 2 petites minutes de recherche. ;)
Sur ce, je vous laisse avec une petite entrevue avec l’auteur du livre dont il est question ici. Bonne entrevue!
Catégories : Fait Français, Histoire, Littérature
Étiquettes : accent parisien, accent québécois, canada français, histoire du Québec
7 réponses to “Accent Québécois vs. Accent Parisien”
écrire une réponse


Rick on mars 5th, 2008
Moi, le dédain qu’on les français envers notre accent me fait suer.
En fait, c’est surtout leur air de supériorité lorsqu’ils en parlent qui m’écoeure.
Le français dit »international », celui qu’on entend aux nouvelles de Radio-Cadenas par exemple, se rapproche drôlement plus du français québécois que du »franglais » parisien.
La Fêlée on mars 5th, 2008
Les médias électroniques -bandes sonores, videos- contribuent aujourd’hui à faire que nous savons exactement la prononciation dites correcte utilisée au Québec il y a des décennies. Quelques archives de radio-canada nous apprennent vite que les grands noms des années 40 avait un parlé que nous considérons aujourd’hui comme campagnard. Pourtant ils étaient digne de la rédio d’état à une époque…
En ce sens les médias servent notre mémoire collective. Avec les rares archives écrites seulement que nous avons du français d’avant la conquête, c’est plus facile b’oublier, sinon de ne même pas savoir.
Gradlon on mars 5th, 2008
Salut
Peut-être sommes-nous les seuls à encore devoir sous-titrer nos productions à destinations de la Francophonie hors-Québec, mais dans le domaine du doublage, nous n’avons rien à envier à la France. Ce serait même le contraire, nous devrions inspirer l’Hexagone, dont les doublages sont de plus en plus truffés d’argots incompréhensibles et irrespectueux du texte d’origine. Je pense entre autre aux Shrek de ce monde, doublé «in France».
Heureux que le prochain Indiana Jones livré au Québec soit doublé ici. Même si la doublure d’Harrison Ford sera la même pour toute la Francophonie (il s’agit d’un Québécois vivant à Paris), il est probable qu’elle double deux fois: une fois pour le marché Québécois (avec critères de doublage et collègues doubleurs québécois) et une fois pour le marché international. Le but, louable, est d’assurer une continuité au niveau du timbre de voix entre les films des années 80 et celui (peut-être ceux) des années 2000.
Renart L'éveillé on mars 5th, 2008
Très instructif tout ça. J’avoue que le fait que « nous soyons le seul peuple francophone à devoir encore sous-titrer ses films au cinéma pour le reste de la francophonie… » est bien la preuve, surtout, de notre distance américaine avec l’Europe, et qui j’espère tendra à s’amenuiser avec la mondialisation et internet.
Le Détracteur Constructif on mars 5th, 2008
@La Fêlée : Plusieurs archives montrent combien des commentateurs ou des journalistes parlaient un français impeccable dans les années 30-40-50. D’autres, au contraire, parlaient comme des charretiers :)
@Gradlon : Tout à fait! Nous avons acquis une expertise du doublage assez exceptionnelle au niveau du français « international », et pratiquement toute la francophonie peut comprendre, alors que les français sont un peu restés dans leur petit carcan dans ce domaine.Mais je ne comprends toujours pas pourquoi NOS films à nous, non doublés, nous ne pouvons pas les faire mieux… Comme si personne ne parlait bien au Québec dans la vraie vie, et qu’il ne fallait donc pas les faire bien parler dans les films!
D’un autre côté, nous sommes aussi des leaders dans le domaine des nouveaux termes, spécialement dans le domaine des technologies (courriel, pourriel, et téléversement aussi je crois, ça vient de nous).
@Renart : Voir quelques lignes plus haut :) Vive internet.
L’accent de cheu nous « Renart L’éveillé / Carnet résistant on mars 8th, 2008
[...] Le Détracteur Constructif ajoute de très pertinentes informations à ce sujet ici. [...]
Claudia on mars 10th, 2008
Awe! À ma première et dernière session de sociologie (haha!), j’avais eu une conférence à ce sujet. C’était VRAIMENT intéressant. Le conférencier en question, répondant au nom de Claude Poirier si je ne me trompe (un chercheur de l’université Laval), a parlé de manière quelque peu historique de l’accent français québécois. Selon lui, les québécois ont évolué dans un contexte défavorable pour le développement de la langue notamment par l’échec des patriotes qui considère la pire des choses qu’il ait pu arrivé d’un point de vue culturel; la perte du statut officiel de la langue française ainsi que la «campagne» de dénigrement du français canadien où l’on affirme que nous parlons un mauvais français.
Je crois que l’on peut pas comparer le français de France et celui du Québec car ils ont évolué chacun de leur côté séparément. Une phonétique pour les mots est aussi très différente et on ne peut pas changer facilement l’accent de quelqu’un; la phonétique, c’est articulatoire. Par exemple, tenter de vous habituer de prononcer le mot «Poutine» de manière «Pou-tine» au lieu de «Pou-tsine». Les québécois ont une tendance naturelle d’ajouter le son S après un T à plusieurs mots. Bref, nous avons chacun un français propre mais on arrive à se comprendre; l’un n’est pas meilleur qu’un autre, selon moi.
Enteka! =P