De Kestre? – Les vautours de papier
Maintenant que je vais travailler uniquement en transport en commun, j’ai le temps de faire tout plein d’observations en me rendant au boulot.
Mon observation la plus marquante semble être un phénomène assez nouveau – en tout cas, je n’avais pas vu ça lors de mes dernières escapades matinales en métro.
Il s’agit de ces distributeurs de journaux gratuits dans les stations de métro. Ils semblent avoir adopté un comportement des plus carnassiers. Et je ne fais pas seulement référence au fait que Québécor distribue maintenant des copies du Journal de la honte Montréal gratuites dans les stations de métro.
En effet, non contents de lever un véritable barrage afin d’être certains de pouvoir brandir une copie de leur quotidien au visage de tout le monde, les distributeurs de journaux vont maintenant jusqu’à assaillir les autobus.
En sortant en métro, lorsqu’un autobus arrive, on en entend un crier « AUTOBUS!« , et les quatre ou cinq distributeurs de bonnes nouvelles se ruent sur le véhicule avant même que celui-ci ne s’arrête. Ils cognent aux fenêtres pour que les passagers les entrouvrent afin de distribuer des copies de leur quotidien à l’intérieur. Il y en a même qui demandent la permission au chauffeur pour laisser de grosses piles de journaux à l’entrée de l’autobus pour que les gens se servent.
Ma foi, ces gens sont-ils punis pour chaque exemplaire non distribué? Reçoivent-ils la bastonnade? Ou mieux, le supplice du grand knout? Peut-être offre-t-on des gratteux ou autres loteries à ceux qui distribuent le plus de copies. Je ne vois pas d’autres explications… enfin, j’espère que c’est le cas. Moi, si j’avais à distribuer des journaux au contenu discutable, je resterais dans mon coin en tendant la main, en pensant à autre chose d’un air rêveur.
Je ne doute absolument pas de la bonne foi de ces personnes. Ce n’est pas tout le monde qui aurait le courage de faire ce travail été comme hiver, aux petites heures du matin, dans la neige et sous le gros soleil.
Mais Toujours est-il que la situation me rappelle des scènes de plusieurs vieux films chinois dans lesquels on voit un train (bien trop) bondé s’arrêter à une gare, et où des centaines de marchands se précipitent vers les fenêtres du train dans l’espoir de vendre quelques nouilles à des usagers. Ce qui me traumatise légèrement.

