De la pertinence (ou non) d’envoyer ses enfants à l’école anglaise



Hier, je suis tombé sur un article d’un citoyen qui, sous forme de lettre, racontait que le Québec vieillissait mal. À travers ses arguments, il a expliqué ne pas comprendre pourquoi il ne pourrait pas envoyer ses enfants à l’école anglaise afin de mieux les préparer à « affronter le monde ». « Il me semble que ce serait le temps d’éliminer ce maudit sentiment d’infériorité, cette peur d’avoir peur« , dit-il.

Personnellement, je ne considère pas qu’une éducation faite dans une environnement francophone comme le résultat d’une peur d’avoir peur, ou d’un sentiment d’infériorité. Bien au contraire, il me semble qu’une éducation dans la langue qui est la nôtre est une réelle preuve que nous pouvons, dans notre pays, former des gens aussi bien éduqués que dans les autres contrées du monde, qui elles aussi donnent une éducation dans leur langue officielle. C’est la preuve que non seulement nous pouvons « être », mais nous pouvons « être » avec notre langue et nos distinctions.

« L’anglais, c’est la langue des affaires, plusieurs pays ont compris« , affirme l’auteur. C’est d’ailleurs le gros problème qui persiste ici : notre système d’éducation s’entête encore et toujours à former des travailleurs, des techniciens, plutôt que des citoyens responsables. Car c’est bien dans le milieu de travail qu’on utilise l’anglais langue seconde, et rarement lorsque nous vivons en société.

Mais au delà de ça, je ne vois absolument pas ce qui est tant recherché dans ces études anglophones.

J’ai moi-même été élevé dans le système public francophone. Chez nous, les seuls mots anglais qui ont été prononcés de toute ma jeunesse étaient toaster, hot-dog, Ninja Turtle et Star Wars. Comment donc est-il possible qu’aujourd’hui, je puisse me décrire comme bilingue à 90%, et que j’entame un certificat en traduction? N’est-ce pas impensable?

Pas du tout. J’ai eu des cours d’anglais dans ma jeunesse. Ensuite, à l’arivée des DVD, j’ai commencé à regarder mes films en anglais, avec des sous-titres anglais pour être certain de comprendre. Ensuite, avec l’arrivée d’Internet, mon anglais s’est aiguisé. J’ai aussi parfois lu des romans et des BD en anglais.

Jamais mes parents ne m’ont mis de la pression, ne sont intervenus dans la manière dont on m’apprenait l’anglais. Mes parents (et mes professeurs) ont simplement fait un excellent travail afin que j’aie envie de découvrir, d’apprendre, de me dépasser, et d’être le meilleur dans ce que je fais.

Avec les pressions de certains parents qui s’entêtent à vouloir une éducation en anglais pour leurs enfants, j’ai l’impression qu’une partie de la société cherche à refiler au système d’éducation l’un de ses devoirs les plus importants : donner à nos jeunes la motivation et le goût de se dépasser. La connaissance d’une langue seconde n’est pas le fondement de l’éducation, mais plutôt l’aboutissement d’une éducation adéquate.

Donnons le goût à nos jeunes d’apprendre et de se dépasser, et une fois qu’ils auront trouvé ce qu’ils veulent faire dans la vie, si ça demande d’être bilingue, ils apprendront anglais, vous pouvez en être certains. Et surtout, ils l’apprendront de leur propre gré.

(Après relecture de ce billet, je me rends un peu compte qu’on pourrait le résumer par « Est-ce que je suis allé à l’école anglaise, moi? Non? Pis chuis bilingue quand même. Ben c’est ça! », mais avec pas mal plus d’arguments! Héhé.)




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Étiquettes : Écoles anglaises, Écoles passerelles, Éducation en anglais,

13 réponses to “De la pertinence (ou non) d’envoyer ses enfants à l’école anglaise”

  1. DarK Rémi oF DooM  on octobre 5th, 2010

    J’abonde en ce sens.

  2. Noisette Sociale  on octobre 5th, 2010

    Excellent texte !

    Je ne comprends pas non plus cette obsession de vouloir envoyer ses enfants dans une école anglophone. C’est un non-sens quand on connaît notre situation géographique qui tend à fragiliser notre langue.

    L’apprentissage de l’anglais est à mon avis une chose importante si l’on désire avoir une ouverture sur le monde et on s’entend tous pour dire que c’est bien pratique à plusieurs niveaux de maîtriser la langue anglaise.

    Il est vrai que l’on apprend souvent mal l’anglais dans nos écoles mais ça ne devrait pas être une raison pour décider radicalement de changer pour un enseignement purement anglophone. Le cheval de bataille devrait être de contribuer à améliorer les cours d’anglais langue seconde dans nos écoles et de continuer de perfectionner l’enseignement du français également.

    À une époque où je vois des étudiants universitaires écrire leur langue comme des illettrés, il serait temps de revoir nos priorités.

    Le jour où on sera assimilé bien comme il faut, j’abdiquerai peut-être mais en attendant…

  3. Le Gentil Astineux  on octobre 5th, 2010

    Il n’y a environ que 5% de travailleurs qui doivent maitriser cette langue étrangère.

    Si les chinois ou les américains ont des choses à me vendre, qu’ils le fassent dans ma langue. Si des québécois ont des choses à vendre aux chinois qu’ils s’adressent à eux en chinois, en anglais aux américains, en espagnol pour les pays latino-américain. De la reciprocité, pardieu!

  4. DooM  on octobre 5th, 2010

    Dans ma classe de 3e secondaire, ce n’est qu’une minorité de gens qui maitrise l’anglais et qui connaissent leurs verbes irréguliers (chose qui devrait être apprise genre en deuxième année du primaire honnêtement mais qu’on nous apprends tout croche a l’école de toutes façons, c’est pas un truc a apprendre par cœur, c’est de la logique pure et simple).

    Donc en gros, si les parents de sont incapable d’être des parents (comme la majorité de ceux-ci) eh bien vous dites en gros: bof, qu’ils n’apprennent pas l’anglais et qu’ils restent aussi pathétique que leur parents.

    Si l’école donnait envie d’apprendre au lieu de nous en dégoûter dû a un gavage excessif de cours inutiles (Ethique et Culture Religieuse, we’re staring at you), de devoirs que la majorité des élèves  »butchent » et copient entre eux peut-être est-ce que les étudiants auraient envie d’apprendre plus et d’avoir une culture générale au lieu de financer sony et microsoft en jouant a call of duty ou bien Québecor en écoutant Occupation Double.

  5. Félix  on octobre 5th, 2010

    Je constate que les commentaires son au niveau de l’article et je ne peux que les approuvés. L’anglais étant tellement accessible aujourd’hui que nous n’avons pas besoin d’envoyer nos enfants à l’école anglaise pour que ceux-ci l’apprennent. C’est même en envoyant nos enfants à l’école française que nous pourrons perpétué la culture dont nous sommes si fier. Il reste juste maintenant à haussé le niveau d’éducation, mais ça c’est un autre débat.

    Il serait temps que les parents cesse de pensé à formé des travailleur performants, mais plutôt les encourager à devenir des être humains épanouis.

  6. Le Détracteur Constructif  on octobre 5th, 2010

    @Dark Rémi of Doom : Toujours aussi concis ;)

    @Noisette : Cela va de soi, évidemment, que le français est déjà mal en point. On l’a dit pas mal partout, et assez souvent. C’est d’ailleurs pourquoi je ne parle pas de l’importance du français, mais de l’importance de l’anglais.

    Car l’importance de l’anglais devrait normalement surtout se situer au niveau de l’ambition personnelle, et non un absolut qui, souvent, n’est même pas un choix personnel des jeunes.

    D’ailleurs, je déclare officiellement que l’anglais à l’école devrait être retranché au même rang que la religion. Ce n’est pas aux parents de l’imposer, les jeunes décideront de l’apprendre par eux-mêmes s’ils le veulent, ou s’ils en sentent le besoin.

    @Le Gentil Astineux : » Il n’y a environ que 5% de travailleurs qui doivent maitriser cette langue étrangère ». -> Je doute un tout petit peu de cette statistique, mais je souhaite que ce soit exact! Pour le reste, rien à redire.

    Il me semble que si j’émigrais en Italie, je serais vachement fier de pouvoir commander mon repas en italien, je ne comprends pas que ce ne soit pas vrai pour beaucoup de gens ici!

    @Doom : En effet, parfois je vois les écoles comme une usine de production en série. « Our schools our proudly ISO 9001! » Chaque item qui en sort doit être égal à l’autre (spécialement avec la dernière réforme là…).

    Pourquoi ne pas en faire des citoyens avec chacun leurs forces, qui soient aptes à contribuer de manière différente à la société, et surtout, qui comprennent que c’est important de le faire? On s’entend que la plupart des gens ne sont pas au courant que contribuer à la société rapporte à tout le monde…

    @Félix : En effet, si moi j’ai pu apprendre l’anglais avant l’arrivée d’Internet, il n’y a pas trop de raison qu’un jeune ne l’apprenne pas tout seul (avec des cours d’appoint à l’école pour être certain que les règles de bases sont comprises).

    Je pense que l’anglais est assez présent au Québec, au point que c’en est presque dangereux, il faut vraiment souffrir d’inconscience chronique pour en plus aller jeter nos enfants direct dans le ravin de l’assimilation.

  7. Darwin  on octobre 5th, 2010

    «Excellent texte !»

    Indeed !

    Ce n’est pas à l’école qu’on peut apprendre à maîtriser une langue. On n’y apprend que les rudiments. Les seuls verbes anglais que je connaissais dans mon antique jeunesse étaient les verbes irréguliers !

    Mes gars ont été à l’école française et parlent bien mieux anglais que moi à leur âge. Qu’on aime des émissions en anglais, lise des revues de jeux vidéos ou navigue sur Internet, l’anglais entre vite. Moi, je l’ai appris en faisant du pouce et en cotoyant des anglophones dans diverses activités sur lesquelles je ne m’étendrai pas (mais au cours desquelles il m’est arrivé de m’étendre…)

    «notre système d’éducation s’entête encore et toujours à former des travailleurs, des techniciens, plutôt que des citoyens responsables»

    Je pourrais citer d’autres phrases de ton billet que j’ai bien aimées, mais, celle-là, c’est ma favorite ! Quoique, des fois, ce n’est pas à l’école que je ferais ce reproche, mais aux désirs des parents…

  8. Le Détracteur Constructif  on octobre 5th, 2010

    @Darwin : Oui en effet, c’est un cercle vicieux. L’école fait des machines, parce que les parents veulent des travailleurs, parce que l’école fait des machines, parce que…

    Content que mon article t’aie plu!

  9. Renart Léveillé  on octobre 5th, 2010

    J’ai ce texte, dont tu parles, dans mes onglets, avec l’idée de le commenter. En tout cas, si j’écris quelque chose, je pourrai passer plus vite sur la partie de l’apprentissage de l’anglais!

    Sinon, je ne répéterai pas ce qui a été dit, et dans le billet, et dans les commentaires, tout ça me rejoint vraiment.

  10. Le Détracteur Constructif  on octobre 6th, 2010

    @Renart : Je m’étais bien dit que je ne serais pas le seul à commenter ce « Pour un Québec lucide » miniature. Mais j’aimerais quand même voir ce que tu en dirais!

  11. lisa  on octobre 6th, 2010

    Très bon article! À la maison nous ne regardons jamais de film en anglais et n’écoutons pas la radio sur les postes de langue anglaise . Un de mes fils qui travaille en francais seulement le maitrise plus ou moins et celui qui doit travailler en anglais le maitrise assez bien.Ce qui appuie ta théorie sur le sujet.

    Toutefois je crois qu’il faut conserver l’enseignement des cours de base en anglais. Il y a beaucoup d’apprentissage par coeur mais on retient l’essentiel,surtout les verbes et leur temps. Et lorsque nous devons aller plus loin dans l’apprentissage de l’anglais pour le travail il y a un bon bout de fait.Je dirais que j’ai retenu beaucoup de notion de base en anglais et que je me débrouille bien dans l’écrit; mais pour moi le plus difficile est me faire à l’oreille,saisir ce que l’interlocuteur me dit au téléphone par exemple. Et cela s’apprend beaucoup dans les médias.Comme je l’ai déjà écrit: « chez nous on regarde la tv en francais et….

  12. Tom  on octobre 7th, 2010

    Oui Apprendre de son plein gré et non forçer les jeunes. Y a certains parents qui ont placé leurs enfants à l’école anglaise pensant que ça serait bcp mieux… Et aujourdh’ui ils sont obligé de faire le gendarme pour qu’ils parlent un peu français à la maison et sans faire de fautes en plus lol … Dans certains cas, ça peut créer d’énormes décalages.

  13. Le Détracteur Constructif  on octobre 7th, 2010

    @Lisa : Je pense qu’une des meilleures écoles pour conserver l’anglais et surtout se faire l’oreille, est encore de regarder les nouvelles télévisées dans cette langue. L’anglais y est bien parlé, bien articulé, et on a les images pour comprendre ce qui se passe, en plus d’excellents indices textuels.

    Sinon, je crois que c’est la nécessité qui crée le besoin, et que le choix d’apprendre l’anglais plus sérieusement (ou de poursuivre ses études dans un système anglophone) devrait se faire en même temps que notre choix de carrière. Et le choix d’une carrière, ce n’est pas le choix des parents.

    @Tom : Exactement! J’ai déjà travaillé avec une femme qui disait « Moi mes enfants ont été à l’école anglaise, et maintenant ils ne nous parlent même plus en français ». Vous croirez bien qu’elle n’a pas pu trouver de pitié dans mon regard.


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