Quelques fleurs fanées pour Yolande James
Aujourd’hui, il ne sera pas dit que le Détracteur Constructif ne représente qu’un apport quotidien de cynisme et/ou de mauvaise foi! Bon? Hein? D’accord? Je sais reconnaitre la bonne volonté quand je la vois, même si c’est selon mes propres critères personnels, et même si les résultats ne s’annoncent pas nécessairement concrets.
Ce matin, alors que je roulais vers le bureau et que j’écoutais l’émission de Paul Arcand (le démagogue qui m’énerve le moins… c’est un peu comme notre mode de scrutin, t’écoutes le moins pire…), il y a eu une entrevue avec la ministre libérale de l’immigration Yolande James. Le sujet était l’immigration, mais le spectre du fait français planait fortement au dessus de nos têtes lors de cet interview.
Si presque tout le monde a récemment pu se plaindre du stoïcisme du parti libéral dans le dossier du français au Québec, je pense que quelques uns croiront pouvoir souffler un peu suite à ce que madame James propose. Bien que je sois fondamentalement et radicalement (les racines sont profondes) contre les libéraux provinciaux et fédéraux, ils ne peuvent quand même pas tout faire mal, hein? Ils essaient… quand même…
Le gouvernement du Québec accueillera 10 000 immigrants de plus d’ici 2010, si les Libéraux restent en place. Ça c’est le fait établi à partir duquel découle tout le reste, et ce n’est pas le sujet de mon billet. C’est que la ministre de l’immigration, pour assurer une bonne intégration de ces immigrants, propose 3 initiatives. Je vais donc vous répéter tout cela selon le point de vue de Mme James et expliquer pourquoi c’est une bonne idée, et d’en extraire les côtés plus faibles qui feront que ces mesures seront probablement inefficaces.
1. Un crédit d’impôt allant jusqu’à 30% du salaire (pour une année fiscale, j’imagine) du nouvel arrivant si son employeur lui paie un cours de français.
Le côté de la médaille de Mme James : Une pierre, deux coups! Non seulement l’immigrant pourra apprendre le français tout en travaillant (ce qui causait un problème avec les cours offerts par le gouvernement, les gens préféraient travailler plutôt qu’aller suivre ses cours), mais en plus, si cette méthode s’avère efficace, ça assurera une continuité du français dans le milieu de travail.
L’autre côté de la médaille : Je trouve ça assez excellent, vraiment, puisqu’il m’est personnellement tout à fait impossible d’être contre une plus grande place du français dans les entreprises… Mais on se fie ici sur l’idée que les entreprises vont baver en entendant «crédit d’impôt», mais absolument rien n’oblige une entreprise à les offrir, ces cours de français. Les entreprises qui se soucient du français au travail ont déjà des mesures afin de s’assurer qu’elle reste la langue utilisée. Les entreprises récalcitrantes qui, volontairement, ne se soucient pas du français comme langue de travail, ne seront pas nécessairement tentés de suivre cette avenue.
2. La possibilité d’apprendre le français avant même d’arriver au Québec
Le côté de la médaille de Mme James : Un cours par internet avec tuteur sera disponible pour tous ceux qui voudront commencer à apprendre le français avant venir vivre ici. Pour ceux qui n’ont pas accès à internet ou qui préfèrent un cours plus conventionnel, des contrats seront signés avec l’Alliance Française dans un multitude de pays pour des cours de français sur place.
L’autre côté de la médaille : C’est une bonne idée. Mais encore ici, on doit se fier sur la bonne volonté des futurs nouveaux arrivants. Et encore une fois, puisque c’est une simple suggestion, plusieurs en concluront que puisque ce n’est en rien obligatoire, c’est nécessairement une perte de temps et qu’ils ont mieux à faire. Sincèrement, je souhaite très fort que tous ces gens fassent preuve de cette bonne volonté et sautent sur cette belle occasion…
3. Éliminer la limite de 5 années pour prendre le cours de français du gouvernement
Le côté de la médaille de Mme James : En ce moment, les immigrants ont 5 ans pour se décider à prendre le cours de français offert gratuitement par le gouvernement. Après ça, trop tard, ils doivent payer. En éliminant cette limite de 5 ans, les personnes qui, pour une raison ou une autre, ne pouvaient pas apprendre le français dans les 5 premières années, pourront le faire n’importe quand.
L’autre côté de la médaille : J’imagine que vous me voyez venir… Oui, bon, mieux vaut tard que jamais. Mais encore, ceux qui n’auraient pas pris le cours dans les 5 premières années, je ne vois vraiment pas ce qui les presserait d’y aller par la suite. Déjà, la limite de 5 ans mettait une certaine pression, si on l’abolit, plus de pression du tout.
Ça fait que… c’est ça!
Je donne donc un 8/10 à madame Yolande James pour l’effort et la bonne volonté, mais l’autre 2/10 va à l’efficacité et au réalisme. Toutes ces idées auraient pu être tout à fait efficaces dans l’optique où il s’agirait d’obligations. L’obligation pour les entreprises de payer des cours en échange de 30% du salaire, par exemple, ne me semble pas du tout exagérée. Reste à voir si ce sont des projets qui resteront sur papier, ou s’ils seront vraiment mis en place. Et si c’est le cas, hé bien espérons pour le mieux… Sans blague, j’espère un peu naïvement pour le mieux. Mais je me prépare quand même au pire.
Catégories : Actualité, Débat de société, Fait Français, Politique
Étiquettes : Fait Français, immigration, intégration, parti libéral du Québec, plq, yolande james
2 réponses to “Quelques fleurs fanées pour Yolande James”
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Lisa on mars 24th, 2008
Salut détracteur constructif
Effectivement la volonté est là. Le ministère des communautés culturelles informe vraiment les nouveaux arrivants concernant la francisation . Alors comme tu le penses, s’ils n’ont pas saisi l’opportunité en dedans de 5 ans, c’est qu’ils ont décidé de fonctionner dans une autre langue. Je sais qu’il y a une problématique au niveau des délais d’attente. Quand il faut attendre de 4 à 6 mois avant de débuter les cours, et parfois plus, peut-être qu’on apprend à se débrouiller autrement. Il y a eu des coupures de personnel là aussi( dégraissage de la fonction publique). Alors si d’un côté le gouvernement veut faire mieux il faudra aussi qu’il pense à allouer les ressources nécessaires.
Ton billet intéressant!
Le Détracteur Constructif on mars 24th, 2008
@Lisa : Merci du commentaire. En effet, il ne s’agit pas seulement d’encourager les nouveaux arrivants, mais également de se donner les moyens de favoriser leur intégration.
Mais c’est le même problème depuis très longtemps. Même René Lévesque, qui était plutôt modéré côté langue, disait qu’en ayant des affiches, panneaux et logos en deux langues, c’est comme si nous informions les immigrants qu’ici « on a le choix de la langue ». Et nous ne montrons pas nécessairement l’exemple non plus.
J’ai la chance de travailler pour une entreprise où la langue de travail est le français, et c’est très bien ancré, mais les clients sont presqu’entièrement américains. En conséquence, nos cartes d’affaires sont également en anglais, même si j’ai pris la peine d’exiger qu’elle soit en français (et qu’on m’aille dit « ok pas de problème »). Je l’ai quand même eue en anglais. Résultat : Elle se décomposent dans le fond de mon tiroir ;) Mais de toute façon, ce n’est pas comme si j’étais vendeur : à qui pourrais-je bien donner une carte d’affaire??