Archives pour janvier, 2008

jan 11 2008


Le Détracteur Constructif

La solitude dans la solidarité

Catégorisé sous Solidarité, Tranche de vie

Dans les derniers jours, un triste souvenir est revenu à la surface, provenant d’une époque où les choses étaient un peu moins roses pour le Détracteur Constructif.

L’histoire se passe en 2006, alors que Jeune Détracteur est embauché par une entreprise comptant environ 17 employés. Le salaire est assez ordinaire mais mieux que ce que je gagnais avant, les assurances sont payées entièrement par l’employeur, bref, pas de quoi sauter de joie, mais pas de quoi se plaindre non plus.

L’entreprise génère des millions par mois, mais nous, les acteurs du succès de l’entreprise, gagnons environ 15 dollars de l’heure. Tous des jeunes ayant étudié les nouveaux médias, et qui sont sur le marché du travail depuis quelques années. Plusieurs sortent même à peine du collège ou équivalent.

Le propriétaire de l’endroit n’étant pratiquement jamais présent sur les lieux de travail, c’est le directeur exécutif qui dirige le bureau. Et comme le directeur sait pertinemment que nous ne sommes que de jeunes irresponsables parce que nous ne portons pas, comme lui, un complet et une valise et que nous avons tous au moins 3 ou 4 ans de moins que lui. Donc, aucune chance que nous soyons traités en adultes. Chaque matin nous devons être là à 7 h pile, manger entre 12 h et 13 h sans exception, et ne pas quitter avant que 16 h sonne à la seconde près. Les vendredi, nous lavons nos bureaux et nos ordinateurs dans la joie en s’arrosant avec de l’eau et en se bombardant de papier essuie-tout. Un vrai environnement d’adultes, quoi.

Dans mon cas, je travaillais pour nourrir deux personnes, Fiancée étant aux études à temps plein. Mes collègues sont donc un peu plus en moyens, mais se permettent plus de dépenses, bref personne n’a vraiment beaucoup d’argent. Il m’est alors venu à l’idée de demander s’il serait possible d’avoir une carte d’assurance qui paie les services (dentaires et oculaires, etc) du premier coup afin de nous épargner le premier versement de frais. (Car c’est vraiment contrariant d’avoir des assurances quand on a pas les moyens de débourser disons le 200 $ ou 300 $… même s’il nous est remboursé une semaine après, certains ne peuvent évidemment pas se permettre de se passer de 300 $ pendant une semaine).

Pas plus fou qu’un autre, je sais que je dois d’abord m’assurer de l’appui de mes collègues. Je fais donc le tour du bureau, discrètement, et je m’entretiens avec ces jeunes gens. Plusieurs étaient d’accord pour appuyer ma demande, mais pour les autres, ça mérite carrément d’être développé un peu plus. Voici donc les réponses les plus insignifiantes que j’ai reçues :

Peureux : « Je suis d’accord mais j’ose pas le dire parce que je suis pas encore permanent. »

Ok. Moi à cette époque, je suis permanent depuis environ 1 mois. La différence c’est quoi? Ce que je fais maintenant, c’est pour améliorer ton avenir plus tard, lorsque tu seras permanent, justement. Si le patron est assez sauvage pour virer un employé non permanent qui fait une simple demande, est-ce que, sérieusement, il s’empêchera alors de te virer parce que tu es permanent? C’est quand même ton avenir ici qu’on essaie de déterminer et d’améliorer. Si tu veux avoir un rôle dans ton avenir dans cette compagnie, c’est maintenant qu’il faut le faire.

Égoïste : « Moi ça me fait chier des assurances, j’ai eu un appareil dentaire quand j’étais petit alors mes dents sont parfaites. En plus je certain qu’on est moins payé à cause de ces assurances-là. »

Avant de lui souhaiter de se faire battre le portrait à coup de bâton de baseball jusqu’à ce que plus-de-dents s’ensuive, j’ai réfléchi un petit peu. On a affaire ici à un fils de riche qui se préoccupe peu de son travail, qui a conduit une Mitsubishi qui rend jaloux le patron (et qu’il n’a certainement pas payé, c’est son premier vrai travail). Le monsieur il ne veut pas avoir une meilleure batterie d’assurances, parce que de toute façon il ne s’en sert pas. Et moi de le convaincre en lui disant « Tu sais, si tu crois vraiment que ton salaire est moins élevé à cause des assurances, aussi bien que ça en vaille la peine! Si on avait cette fameuse carte, au moins, t’aurais le mieux qu’il est possible d’avoir pour le montant que tu penses perdre ».

Et, à mon grand bonheur et léger désespoir, il est d’accord pour appuyer ma demande.

Quelques jours plus tard, alors que je n’ai pas terminé de rencontrer tout le monde, le patron nous rencontre :

Trouduc - « Bon, je vais peut-être vous prendre par surprise mais voilà : J’ai annulé les assurances. Il parait que ça faisait trop de débat et je n’ai pas envie d’endurer ça. En compensation, vous recevrez un chèque dont le montant sera ajusté en fonction de votre ancienneté ».

Je sens le sang qui commence à bouillir dans mes veines, mes tempes palpitent de rage. J’ai envie de lui sauter au cou. Je demande : « Est-ce que c’est un chèque que nous recevront chaque année? »

La réponse : « Non. »

J’explose. « Donc là ça veut dire que tous nos acquis, en fait, notre seul acquis, on le perd et on ne fait que reculer et il faudra recommencer à se battre pour avoir des avantages? »

Et il a le culot de me répondre « Oui. Il faut comprendre que moi j’ai des enfants, et que je m’en prive également, et patati et patata. »

Le reste est assez loin dans ma mémoire, tout ce dont je me souviens, c’est que j’étais rouge-bleu-vert, et que personne d’autre n’a levé la voix. Même que plusieurs ont fait « Cool, un chèque de 800 $! »

Donc, moi en plus de perdre le seul avantage que j’avais, je passe pour un chien enragé qui ne veut pas mettre de l’eau dans son vin. Sans compter que l’un de ceux qui n’ont rien osé dire (ci haut nommé « Peureux ») est venu me remercier d’avoir défendu les intérêts des employés.

Nul besoin de vous dire que ma recherche d’emploi a commencé à cette seconde près. J’ai eu la chance de me trouver quelque chose environ un mois plus tard. En quittant cet endroit, même si j’ai eu quand même du plaisir, je me demande encore ce qui m’a le plus frustré : l’attitude du petit dictateur d’arrière province, ou la mollesse moutonneuse de mes coéquipiers. Mais que cela me serve de leçon… parmi les lâches, le guerrier ne gagne pas la guerre.

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jan 07 2008


Le Détracteur Constructif

Création artistique patriotique

Si vous faites parti de ce petit cercle de blogueurs conscientisés dont fait partie Noisette Sociale, vous ne serez pas étonné d’apprendre que, dans mes fonctions de fiancé, je sois également impliqué de près dans la Coalition 101% Métal. Pour les non initiés, il s’agit d’une coalition visant à regrouper des groupes métal ou rock lourd francophones dans plusieurs régions du Québec afin d’organiser des tournées à l’échelle provinciale.

Dans le cadre de cette coalition, j’agis en tant que pseudo-infographiste pour lorsqu’il y a des événements à annoncer. Mon rôle consiste, bref, à créer des affiches pour les soirées de spectacle. Voici donc ma toute dernière création (cliquer pour visualiser en pleine grandeur) :

Comme la coalition supporte plusieurs mouvements prônant la défense du fait français et de la culture québécoise, quelques groupes feront un concert-bénéfice le 15 février prochain, au profit de la Fête Nationale des Patriotes et en mémoire des 12 patriotes pendus lors de la rébellion de 1837-1838. Bien que simple et épurée, j’ai pris un plaisir fou à créer cette affiche.

En espérant que vous sachiez apprécier le travail de quelqu’un qui n’a eu qu’une formation de base en design graphique

Un commentaire

jan 04 2008


Le Détracteur Constructif

Droit de parole et responsabilité d’expression

Catégorisé sous Actualité, Débat de société, Médias

Bonjour à tous. Voici mon premier billet de l’année 2008, le premier de ce que je souhaite voir devenir une série de publications intéressantes et divertissantes, pour votre unique plaisir.

Le billet d’aujourd’hui porte entre autre sur l’intolérance. Rassurez-vous, il ne sera pas question de la commission sur les accommodements raisonnables. C’est que j’ai remarqué que depuis un bon moment, il me semble que certains membres de notre belle société soient en train de rédiger un index des termes qu’ils jugent non politiquement corrects. Et le seul moyen qu’ils auraient pu trouver pour nourrir leur inspiration semblerait être le ratissage intensif des journaux, revues et blogues populaires. Dès qu’un des agents de la Brigade Québécoise Contre les Termes Imagés tombe nez à nez avec une expression dont l’une des N significations possibles peut laisser présager un infinitésimal abus d’intolérance, une plainte est automatiquement acheminée à qui de droit (ce qui inclut les médias).

Je donnerai en exemple 3 cas qui se distinguent de par leur nature, mais qui montrent bien comment la mauvaise foi consumée peut tourner au ridicule. Je vous ferai ensuite part de mon point de vue pour chacun des exemples.

La figure de style

J’ai pêché cet exemple-ci lorsque je suis tombé sur un commentaire radiodiffusé de Richard Martineau (envers qui j’entretiens des sentiments plutôt neutres). Il expliquait avoir utilisé, dans l’une de ses nombreuses chroniques écrites, l’expression « dialogue de sourd ». Suite à cet article, il aurait reçu une lettre d’une personne sourde se plaignant de l’utilisation de cette expression. Selon elle, les sourds possèdent plusieurs méthodes de communication, qui leur permet d’entretenir un dialogue tout aussi valable et enrichissant qu’une personne sans handicap auditif.

L’origine culturelle

Suite à un reportage sur les préjugés que subissent les jeunes Haïtiens dans leurs démarche pour la recherche d’un emploi au Québec, l’ombudsman de Radio-Canada a publié un document de révision sur l’utilisation du raccourci « haïtiens » pour désigner les Québécois d’origine haïtienne. Un ou des téléspectateurs outrés auraient porté plainte à Radio-Canada pour l’utilisation du terme « haïtiens ». Tout au long du reportage, l’expression au long a été utilisée, excepté à quelques endroits où le raccourci a été préféré. La plainte couvrait également d’autres occasions où des journalistes n’auraient pas utilisé les mots « Québécois d’origine haïtienne ».

La citation dont le contexte est plus ou moins défini

L’acteur et chanteur américain Will Smith aurait exprimé des propos controversés lors d’une entrevue pour un quotidien :

Même Hitler ne s’est pas réveillé un matin en se disant : « Laissez-moi faire le pire que je puisse faire aujourd’hui. » Je pense qu’il s’est réveillé et qu’avec sa logique marchant à l’envers et tordue, il était persuadé que ce qu’il faisait était bien.

Juste avant de citer l’acteur, l’auteur de l’article a cru bon d’insister sur le fait que « manifestement, Will croit que tout le monde est fondamentalement bon. » Suite à cet article, des dizaines de sites à potins affirmaient que Will Smith croyait qu’Hitler était un homme bien. Will Smith a du s’expliquer à la demande de la ligue anti-diffamation américaine.

Ces trois exemples ont des dénominateurs communs qui m’horripilent à plusieurs niveaux.

D’abord, il me semble évident que les personnes ayant cru bon porter plainte ont un talent assez aiguisé pour prendre le rôle de la victime (ou du preux chevalier cherchant désespérément une victime à protéger). Dans les trois cas, l’utilisation des expressions en question n’était pas du tout péjorative, et il fallait vraiment vouloir trouver des mauvaises intentions à leurs auteurs pour s’insurger de la sorte.

Dans le cas Martineau, il s’agit d’une figure de style. C’est une expression imagée. Je ne vois pas du tout pourquoi la plaignante s’est sentie diminuée ou atteinte de discrimination, la surdité n’étant même pas le sujet traité par l’auteur.

Dans le cas Ombudsman, et sur ce reportage en particulier, je crois qu’il s’agissait sans doute de ne pas répéter sans cesse les mêmes mots afin de conserver une diversité de vocabulaire, mais cela, seul l’auteur pourrait le dire. Il me semble cependant qu’après avoir entendu le terme « Québécois d’origine haïtienne » à plusieurs reprises, il ne faisait aucun doute que c’était le groupe de personnes dont il était question lorsque le raccourci était utilisé par la suite. Et conséquemment, je suis tout à fait d’accord que si l’expression fautive était la seule utilisée pour désigner le groupe étudié dans le reportage, la confusion aurait été à prévoir.

À moins, évidemment, que l’utilisation du mot « haïtiens » ait une connotation négative, ce dont je doute fort étant moi même plutôt fier de mes origines. Je ne grimpe pas aux rideaux lorsqu’on dit que je suis Québécois.

Dans le cas Smith, il s’agit d’une citation concernant les mœurs d’autrui mais qui ont été attribués à l’auteur. Personnellement, je ne vois pas du tout ce qu’il y a de choquant dans les propos de Will Smith, bien qu’il ne soit pas tout à fait un intellectuel à temps plein. Il tout à fait envisageable de croire que Hitler était convaincu qu’il faisait ce qui était le mieux pour sa nation, dans le contexte de la deuxième guerre mondiale en Allemagne nazie. Il me semble tout à fait évident que M. Smith ne croyait pas que Hitler était un homme bien, et non plus que les actes posés par Hitler pendant la guerre étaient aussi quelque chose de bien. La mauvaise foi de l’auteur, ou son manque flagrant de raisonnement sont à l’origine de cette controverse, mais on peut en conclure que dans les médias, il peut être dangereux de donner un exemple sans en expliquer le contexte. Et je vois également une profonde mauvaise foi de la part des plaignants qui n’ont pas pu, eux non plus, remettre la citation dans le contexte qui convenait.

Muselage et responsabilité d’expression

Tout ceci pour en venir au fait que j’ai la légère impression que plus les temps avancent, plus ceux qui ont une voix dans les médias se font museler et ne peuvent pas s’exprimer comme bon leur semble. Ici, je sens le besoin de dire que je suis tout à fait d’accord avec ceux qui croient que lorsqu’on a le pouvoir de s’adresser à la population par le biais d’un média important, on ne peut pas dire n’importe quoi, n’importe quand.

L’accès à un média et donc à au grand public, c’est un privilège et non un droit. Non, je ne supporte pas le « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire » que crient haut et fort les radio poubelles de Jeff Fillion et autres. Pas dans les médias, pas quand une certaine partie de la population (que j’aime bien appeler La Plèbe) est aussi influençable et dont le sens de l’analyse comporte d’importantes failles.

Si l’on fait une déclaration dans les médias, il est primordial d’apporter des arguments basés sur des faits pour supporter nos propos, et encore, cela peut causer un tollé considérable. Ceci dit, ce dont je vous parle n’a aucun lien avec les trois cas cités en exemple. Car ce ne sont pas les affirmations en soi qui causent problèmes dans ces exemples mais bien le moyen utilisé pour afficher les propos. On a ici un cas de figure de style, de raccourci littéraire et de citation hors contexte. Je crois fermement que dans les trois cas, les termes et expressions utilisés étaient tout à fait convenable, et que les personnes qui ont cru bon de porter plainte ont fait preuve d’une mauvaise foi exemplaire, en plus de débattre sur des détails plutôt que sur l’idée principale véhiculée par l’auteur. Il fallait vraiment le faire, pour se sentir visé par des figures de styles…

Et l’avancement du français au Québec ?

Une toute petite parenthèse ici. On se plaint sans cesse que le français au Québec laisse à désirer, et on ne cesse de mettre des étiquettes péjoratives et xénophobes à une quantité considérable d’expressions qui ont fait leur chemin depuis des décennies. On a qu’à penser à ce fameux « Nous » qui fait tant trembler des milliers de colonisés. Si ça continue ainsi, on aura peut-être une meilleure qualité de français dans l’avenir, sans toutefois pouvoir utiliser un vocabulaire plus riche de peur de passer pour des intolérants. N’en déplaise à ceux que ça choquent, je ne leur ferai certainement pas le plaisir de respecter ces règles grammaticales politiquement correctes, qui prônent exagérément la fable utopique du « Tout-le-monde-est-beau-tout-le-monde-est-gentil » (ça ne vient pas de moi mais j’ai très ri la première fois que j’ai entendu cela).

J’ai vécu un tort, j’ai donc acquis le droit de me plaindre

J’ai cette étrange impression qu’il faut toujours mettre paires de gants blancs lorsqu’on doit à peine effleurer un sujet qui concerne de près ou de loin des gens qui, dans leur histoire ou leur culture, ont vécu un tort considérable. C’est, je crois, le cas dans l’histoire de Will Smith. En disant qu’Hitler croyait faire le bien, M. Smith s’est attiré les foudres de la communauté juive, qu’il a du calmer en criant haut et fort qu’Hitler était un assassin vicieux. Et si quelqu’un osait dire qu’Hitler était un stratège efficace, il se le ferait reprocher aussi.

Rapporter ainsi des faits ou des hypothèses ayant trait aux comportements de gens responsables de gestes immondes et condamnables ne veut pas nécessairement dire qu’on approuve ces mêmes faits. De plus, je ne crois pas que l’on doive s’abstenir de critiquer une personne issue d’une communauté au passé difficile. Les japonnais ont gouté à deux bombes nucléaires, mais on ne s’empêche pas de critiquer un japonnais dont les propos sont douteux. Il en va de même pour n’importe quel peuple.

Il existe une espèce de naïveté à l’effet que les peuples opprimés sont parfaits, puisqu’opprimés. Certains pays ont toujours vécu dans la pauvreté la plus effroyable, et où plusieurs citoyens s’adonnent à des activités condamnables. C’est ici qu’on se doit d’éviter de généraliser, et de critiquer la personne et ses erreurs, et non la communauté dont elle est issue.

Comme l’a (approximativement) dit un jour Pierre Bourgault : « J’ai critiqué assez de Blancs dans ma vie pour me permettre de critiquer un Noir ici où là. » Du moment qu’on ne le critique pas pour son origine, qu’il n’a pas choisie.

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