L'inutilité de traduire en québécois

L’inutilité de traduire en québécois

10 avril 2009

Actualité Débat de société Fait Français Médias Solidarité Technologie

On parle la même langue, mais on ne doit pas parler le même langage.Ce billet est le résultat d’une réflexion qui a eu lieu suite à l’accumulation événements qui ont eu lieu à quelques mois d’intervalle :

  • D’abord, il y a la fois où j’ai acheté Mario Galaxy pour la Wii et que je me suis rendu compte que certains personnages, dans la version française distribuée ici, parlaient en joual. J’avais d’ailleurs écrit un billet à cet effet.
  • Ensuite, l’article publié par Le Devoir en novembre dernier, annonçant que quelques albums de Tintin seraient traduit en “québécois”.
  • Et finalement, j’ai récemment appris que Facebook allait subir le même sort, alors que plusieurs centaines d’utilisateurs ont mis la main à la pâte afin d’en venir à une version “québécoise”.

Je ne sais pas trop comment présenter mon point. Je le ferai donc de façon très banale : À mon humble avis, traduire quelque chose en québécois ou en “joual”, alors qu’il en existe déjà une version en “français international” est l’expression la plus évidente de la perte de temps et des efforts inutiles.

Je vais tenter de m’expliquer.

J’ai appris à lire avec Tintin. Tintin est écrit dans un excellent français. Tintin utilise les mots justes, les expression exactes. Tintin est très fort sur le verbe et l’adjectif. Tintin a une syntaxe exemplaire. La langue originale dans laquelle les albums de Tintin ont été écrits, c’est le français.

Au Québec, nous parlons français. Nous sommes très habitués au français correct, au français international. Radio-Canada utilise le français international depuis toujours dans ses journaux télévisés et dans ses émissions d’affaires publiques. Et il y a beaucoup de français qui immigrent ici, et nous n’avons aucune difficulté à les comprendre (même si l’inverse n’est pas vrai), car nous sommes habitués.

Pourquoi diable traduire Tintin en québécois? Pourquoi traduire des termes que nous comprenons bien. Ais-je envie moi, d’entendre le Capitaine Haddock vociférer des énormités telles que “Mille millions de maudits sabords à marde” ?

Et pour Facebook. Ce sera quoi? “Tu veux tu accepter Chose Binne comme ami?“.

Et c’est là que je me dis qu’il faut sans doute distinguer “québécois” et “joual”. Le joual, c’est un ramassis d’erreurs syntaxiques, grammaticales et de prononciation. Je ne vois pas pourquoi l’on voudrait incorporer volontairement nos déficiences linguistiques dans des documents, des jeux, des livres ou des sites internet.

Le cas de Facebook, cependant, me pousse à me demander ce qu’est le “québécois”. Car, selon plusieurs sources, des termes comme “lycée” et “collège” seraient modifiés pour “école secondaire” et “cégep“. Pour moi, ce sont des exemples sensés. Les systèmes scolaires diffèrent d’un pays à l’autre et certains termes officiels existent ici, alors qu’ils n’existent pas dans d’autres pays francophones. Un point pour nous. Ça me va.

Super Mario JoualJ’en déduis donc qu’il est fort inutile de traduire en québécois lorsque les termes du texte original peut être compris de tous. Cependant, cela peut-être pratique pour deux choses : lorsqu’un mot ou une expression nous est propre, comme “cégep“, et lorsqu’on décide d’innover. Car il ne faut pas se le cacher, le Québec est un leader dans la création de termes terminologiques, spécialement dans le domaine de l’informatique.

Les termes “navigateur Web“, “clavardage“, “gratuiciel“, “blogue“, “pourriel“, sont tous des termes qui furent recommandés par l’Office Québécois de la langue française. C’est là qu’est notre force. Je ne comprends pas que l’on veuille dépenser de l’énergie à traduire des termes qui existent déjà dans un français correct et accessible.

Aussi, je me dis que l’exercice de notre quête d’identité, au Québec, c’est de faire partie de quelque chose de plus grand. D’avoir une place plus grande dans cette francophonie mondiale. De s’ouvrir au monde. Pour cela, il faut innover. Mais traduire des mots dans un langage local, voir folklorique, c’est à peu près exactement la même chose que ce que l’on reproche aux nouveaux arrivants : c’est la ghettoïsation du Québec dans un recoin d’Amérique. Ce n’est pas de l’ouverture sur le monde…

Je terminerai en citant l’être aimé : “Au Québec, ce n’est pas le québécois qu’il faut sauver… c’est le français.

8 commentaires sur “L’inutilité de traduire en québécois”

  • Noisette Sociale, avril 10, 2009 à 10:59

    Je pense que tu expliques assez bien ton point de vue :)

  • Laurent, avril 10, 2009 à 11:28

    Salut !

    Pour le jeu vidéo, ça doit vraiment être bizarre… eurk !

    Quant à Facebook, pour avoir participé (beaucoup) pendant un certain temps à la traduction avant de décider que j’étais mieux de consacrer mon temps à mes études, les traductions sont effectivement les exemples que tu mentionnes et non pas du joual. Il y a beaucoup plus de mots que ce que l’on croit qui diffèrent entre la France et le Québec… Bien que le français de France reste compréhensible pour la plupart des gens, plusieurs mots usuels ne sont pas les mêmes… L’exemple des niveaux scolaires en est un qui nous a causé pas mal de difficultés, car il fallait que les termes québécois « matchent » avec leur traduction, alors que les niveaux scolaires québécois ne sont pas « synchronisés » avec ceux du reste du monde, ni en terme d’âge ni en terme de nombre de niveaux total… D’autres exemples de termes qui sont différents : textos, portable vs cellulaire, adresse électronique vs adresse de courriel, onglet « Boîtes » vs « Encarts », « Envoyer un poke à Laurent » vs « Saluer Laurent », et plusieurs autres trucs pertinents qui ne me reviennent pas en tête…

    Aussi, il s’agit (le plus possible) d’une traduction en français canadien, et pas seulement québécois, des débats ont eu lieu entre Canadiens français et Québécois…

    Le mode de traduction de Facebook est assez simple, même si ça complique souvent les choses… En gros, tous ceux qui veulent participer traduisent des mots, des phrases. Ensuite, les gens votent et la proposition qui reçoit le plus de votes est celle qui s’affiche. Un coup d’œil : http://www.facebook.com/translations/

  • Zulumika, avril 10, 2009 à 6:44

    En ce moment (si j’comprend bien ton billet), on achète des film traduit en France pour le Québec. J’me demande ce qu’il arriverait si la France achetait des film traduit au Québec… Une idée d’même…

  • sylvaind, avril 10, 2009 à 9:55

    @Zulumika

    Ca donnerait ca:

    http://www.youtube.com/watch?v=hYCEBhDLq3Y

    ps. J’offre gracieusement mes services de traduction à tout lecteur francais qui aurait des difficultés à comprendre certains passages

  • Gradlon, avril 10, 2009 à 11:10

    Salut,

    Généralement, je préfère les traductions dites «québécoises» à celle dites «françaises», car les premières respectent plus souvent le «français international» que les secondes. Toutefois, je n’aime pas davantage voir un film traduit en «joual» qu’un autre traduit en «argot» (parisien ou marseillais).

    Je n’ose imaginer qu’elle impression me laisserait un jeu vidéo traduit en «joual». Mes dents grinceraient certainement si j’entendais un GI issu d’un jeu de tir à la première personne inspiré de la Seconde Guerre mondiale s’écrier «prends ça mon tabarnak» à chaque lancée de grenade !

    Et quand le Québec innove en créant des néologismes de meilleure qualité que les anglicismes francisés en vigueur dans l’Hexagone et le reste de la Francophonie, il faut l’encourager.

  • Zulumika, avril 11, 2009 à 7:10

    @sylvaind :
    Exactement mon point. J’ai des gros doutes qu’un français comprenne qqch dand cette traduction là. Et je pousserais même ma réflexion plus loin. (à prendre au second degré là…)

    Quand j’avais 5 ans, j’entendais à la tv:
    “Sale schtroumpf, je vais te schtroumpfer! Je vais te sacrer un coup de schtroumpf sur le schtroumpf!”

    Pourquoi je comprend ce qu’il dit à l’autre schtroumpf? Suis-je le seul à comprendre? Si je me souviens bien, c’était en plus, en français de France… Suis-je le seul à me rendre compte que y’a un schtroumpf qui n’est pas content et que ce dernier va faire qqch de pas super fin à un autre schtroumpf: probablement un coup d’poing sur la yeule ou simplement, l’autre va se faire varger dessus à grand coups de 2 par 4 dans face… En tout cas, y’a des comptes qui vont se régler.

    On est pas sûr de ce qu’il va se passer “exactement” entre les 2 schtroumpfs, mais c’est pas important parce qu’on comprend le sens. Tsé, le sens!

    Ben mwé là, j’veux savoir comment ça se fait qu’a chaque fois que je me présente dans un McDo à Paris et que je commande des McCroquettes (comme c’est écrit sur le menu) et un Coke, le criss de schtroumpf l’autre bord du comptoire, y comprend fuck-all!!! Et quand il finni par comprendre (à force de s’ostiner), y m’fais la morale.

    Schtroumpf : “Hé bein mooosieu, iiil fôôô diiire des MaaacNuuuggets et un Côôôka.”

    Moi, qui vient de se rendre compte que Paris et bel et bien le centre du monde:
    “Ben oui, c’est ça.”

    ;)

  • Accent Grave, avril 11, 2009 à 4:21

    Excellent billet, vous exprimez parfaitement un point de vue partagé par bien des gens. Le joual n’est pas une langue, notre langue est le français, est-ce nécessaire de le redire? Oui.

    Accent Grave

  • DarK Rémi oF DooM, avril 14, 2009 à 11:08

    Excellent billet en effet. Je crois qu’il faut principalement faire la distinction entre une langue et une façon de s’exprimer. Partout dans le monde, dans toutes les langues, certaines régions entretiennent des caractéristiques particulières qui se manifestent à l’oral. Ils parlent quand même la même langue. Je crois qu’une partie du problème, dans ce cas ci, vient du fait que la France préfère s’enfoncer en anglicisant et en marginalisant le langage qu’en contribuant concrètement à l’unité francophone internationale. Souvent, dans les traductions de films, ils utilisent un argot incompréhensible qu’ils sont clairement les seuls à comprendre et qui ne se retrouve même pas dans le dictionnaire. De plus, l’exemple du McDonald’s mentionné ci-haut est flagrant et n’en est qu’un parmi tant d’autres. Je crois qu’il faut s’efforcer de continuer à nous battre pour la langue puisque nous sommes vraisemblablement le fer de lance de la lutte pour sa préservation.

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